Livreurs sans papiers : en lutte contre “Uber voleur”
Avec ou sans papiers, les livreurs de repas à domicile, quelle que soit la plateforme par laquelle ils passent, figurent parmi les travailleurs les plus précaires. Le régime d’autoentrepreneur auquel la grande majorité sont soumis les prive de toute protection sociale. Mais, pour ceux qui sont sans papiers, c’est la double peine : ne pouvant se connecter en leur nom pour obtenir des courses, ils utilisent de fausses identités, et le fait de passer par le compte d’un autre est rarement gratuit. Un jeune livreur expliquait qu’il payait au titulaire officiel du compte 150 euros par mois, quels que soient les revenus qu’il tire de ses livraisons.
UberEats utilise depuis des années ces travailleurs précaires et, pendant les confinements, la plateforme a eu encore plus recours à des livreurs sans papiers, en le sachant parfaitement. Lorsque l’État y a regardé d’un peu plus près, la plateforme s’est débarrassée du problème en supprimant purement et simplement 2 500 comptes jugés frauduleux. Non seulement elle a privé les livreurs de leurs maigres revenus, mais elle s’est payé, en plus, le luxe de se prétendre exemplaire.
Comme les coursiers autoentrepreneurs sans papiers de Chronopost ou Amazon, les livreurs de repas se sont regroupés et s’organisent pour exiger les moyens de vivre dignement. Aux prises de parole, durant la mobilisation, l’un d’eux répondait ainsi à l’hypocrisie de l’État et d’UberEats : « Ils veulent qu’on travaille sainement ? Mais qu’ils nous régularisent, et on travaillera sainement. »
