Mali : l’armée fait sa loi
C’est le 18 août dernier que les putschistes dirigés par le colonel Assimi Goïta avaient renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta. Une junte militaire avait pris la direction du pays mais, pour sauver les apparences vis-à-vis des grandes puissances, elle avait ensuite porté à la présidence Bah N’Daw, un militaire à la retraite, et au poste de Premier ministre Moctar Ouane, un cheval de retour de la politique malienne. Derrière cette façade, Assimi Goïta et ses hommes étaient toujours présents, occupant les quatre ministères dévolus aux militaires : Défense, Sécurité, Administration territoriale et Réconciliation nationale. Ils n’ont pas supporté que Moctar Ouane prétende remplacer deux d’entre eux, Sadio Camara et Modibo Koné, à la Défense et à la Sécurité, par des généraux moins liés à la junte.
Ce coup de force intervient alors qu’une grève paralyse le pays, et en particulier le secteur public. Elle a été lancée le 17 mai par l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), le principal syndicat, et elle est largement suivie, notamment dans les banques, le Trésor, la douane et les impôts. Les hôpitaux et les écoles sont également en grève. Les travailleurs réclament des augmentations de salaire, des primes et des indemnités, et l’UNTM menace d’une grève illimitée. Le mécontentement est général, et c’est pour tenter d’y faire face que Moctar Ouane avait entrepris le remaniement ministériel qui l’a mené au camp de Kati.
Les dirigeants français ont décidément bien du mal au Mali, non seulement avec les djihadistes mais aussi avec les gouvernements que soutient leur armée. Hollande s’était acharné en 2013 à mettre en place un président « démocratiquement élu », Ibrahim Boubacar Keïta. Il a été renversé par un coup d’État militaire. Macron, son successeur, a fait contre mauvaise fortune bon cœur, condamnant d’abord le putsch d’août dernier, pour rapidement accepter les nouveaux maîtres quand ils eurent promis des élections en 2022. Voilà maintenant que ceux-ci flanquent en prison le chef de l’État et son Premier ministre, laissant mal augurer de la poursuite du fameux « processus démocratique ».
L’armée française étant au Sahel pour défendre les intérêts de l’impérialisme, elle n’est pas trop regardante sur les régimes qui sévissent sous son aile.
