Turquie : Travailleurs en lutte pour leurs droits
Ainsi, à l’usine Soda de Mersin, à la suite du désaccord persistant lors des rencontres avec le syndicat Petrol-Is dans la négociation des accords collectifs, une grève de 530 travailleurs a débuté au milieu de la nuit, qui a été interdite dès le lendemain matin par décision du Conseil des ministres.
Après l’interdiction de la grève et la reprise du travail, les négociations ont continué. Un accord a été trouvé sur les droits sociaux et la proposition initiale de 390 livres turques d’augmentation brute du patron a été augmentée à 425 livres, tandis que le syndicat abaissait sa revendication à 690 livres au lieu de 720.
Mais c’est à Gebze, près d’Istanbul, que des travailleuses sont en lutte depuis le 15 mai à l’usine cosmétique Flormar qui appartient au groupe français Yves Rocher. Elles ont été licenciées ou forcées à la démission parce qu’elles s’étaient syndiquées, avaient tenté de le faire ou simplement avaient manifesté dans l’usine par des applaudissements pour soutenir des collègues licenciées.
« Un travail d’organisation commencé il y a cinq mois nous a permis, au bout d’un mois, d’atteindre le nombre légal suffisant de syndiqués. La première réaction de l’employeur a été de licencier les syndiquées et celles dont il a supposé qu’elles l’étaient », a témoigné l’une d’elles.
Il y a eu d’abord quinze licenciements. Il s’agit en majorité de femmes qui, n’ayant pu obtenir leurs indemnités, ont commencé une action devant l’usine. C’est alors soixante dix-autres travailleuses qui ont été licenciées, après avoir soutenu leurs camarades à la porte par des applaudissements ou par des saluts. Avec celles et ceux qui ont été contraints à la démission, ils sont 120 au total mis dehors.
Cette lutte ayant eu des échos dans la presse, la direction du groupe a déclaré à propos de ces travailleuses et travailleurs qu’« ils ont arrêté le travail à l’encontre des dispositions légales, ont envahi les ateliers, arrêté la production, encouragé les autres à une action illégale en utilisant de plus la violence ».
Mais les travailleuses savent très bien ce qui s’est passé, comme en a témoigné Sebahat, qui travaille là depuis cinq ans : « Notre directeur de production a voulu nous faire travailler dans une unité en dehors de notre atelier habituel, en disant : “Soit tu travailles dans la production, soit tu t’en vas en donnant ta démission”. Il m’a mise ainsi dans l’obligation de démissionner .»
Les travailleuses sont déterminées. Le slogan à Flormar, c’est : « Nous les femmes, ce que nous voulons, nous ferons tout pour l’obtenir .»
