Procès pour délit d’opinion



Asli Erdogan n’a aucun lien de parenté avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, ce patronyme étant assez répandu dans le pays. Avec Necmiye ­Alpay et deux journalistes, elle a été arrêtée en août lors d’un coup de filet de la police à la rédaction du quotidien Özgür Gündem, catalogué comme prokurde car il donne la parole aux partisans de l’autonomie des régions kurdes et aux opposants à la guerre que le régime turc y conduit depuis des décennies. Il n’en faut pas plus pour que ses rédacteurs soient accusés régulièrement d’appartenance à une organisation terroriste, en l’occurrence le PKK, l’organisation de guérilla kurde de Turquie, et cela peut leur valoir la prison à perpétuité.

Le régime a réagi à la tentative de coup d’État du 15 juillet par de vastes opérations de police, visant d’abord tous les suspects d’appartenir ou d’avoir des liens avec la secte de Fethullah Gülen, ce rival de Recep Erdogan réfugié aux États-Unis, que ce dernier accuse d’avoir orchestré cette opération. Mais la répression s’est rapidement élargie à ceux qui soutiennent de près ou même de loin la cause des Kurdes. Asli Erdogan et Necmiye Alpay, pour leur part, n’ont fait que manifester leur solidarité contre cette répression.

Il est commode pour le pouvoir de confondre sous le même vocable d’organisation terroriste les gülenistes, les nationalistes kurdes et les hommes liés à la mouvance djihadiste, comme l’auteur de l’attentat du 1er janvier. Il voudrait ainsi justifier sa politique et faire oublier ses propres responsabilités dans la situation. Cela ne fait que l’engager toujours un peu plus dans une impasse, y compris quand il traîne des écrivains et des journalistes devant les tribunaux pour ce qui n’est qu’un délit d’opinion.

Article suivant :