Dialogue social : circulez, il n’y a rien à voir
Circulez, on vous a assez vus, les manifestants, les grévistes, ceux qui refusent la loi travail et, au-delà, le mépris de Hollande et du gouvernement pour ceux qu’un de leurs prédécesseurs nommait « la France d’en-bas » ! Place aux partenaires idéaux, chers au cœur du Premier ministre, les « syndicats réformistes » grâce auxquels une mouture du projet aurait été bâtie, en collaboration avec « la majorité socialiste ».
Valls a dépouillé son costume de la mi-mars, celui du chef de gouvernement « à l’écoute », reconnaissant des « erreurs », assurant que « réformer, ça n’est pas passer en force, ça n’est pas brutaliser ». C’était d’ailleurs à l’en croire le vrai sens de l’usage de l’article 49.3 devant l’Assemblée, il se serait agi de se réserver la possibilité d’obtenir un « compromis » avec la CFDT et la CFTC.
Mais, une fois sifflée la fin de la récréation, il n’est plus question de dialogue, mais de menace. Toujours majoritairement rejetées à 60 % au moins selon les sondages, la loi El Khomri et les attaques antiouvrières de ce gouvernement continuent pourtant de mobiliser. Dans son ardeur à monter encore le ton face à l’opinion ouvrière, Valls a même pris le risque de s’aliéner la CFDT elle-même, qui s’est sentie obligée de se démarquer des propos provocants du Premier ministre et de son ministre de l’Intérieur. Son secrétaire général, Laurent Berger, a affirmé qu’il fallait « donner la possibilité à chacun de manifester dans de bonnes conditions ». Il n’a en effet pas « tellement envie qu’on victimise la CGT », a-t-il avoué.
Au-delà de certaines préoccupations boutiquières, Berger mesure sans doute aussi à quel point la contestation du gouvernement est profonde. On comprend qu’il cherche à se dissocier de celui-ci…
