Bourreau domestique : la justice condamne la victime



Le verdict de la cour d’assises du Loir-et-Cher, siégeant en appel, est révélateur du mépris avec lequel sont encore considérées les femmes victimes de violences conjugales.

L’avocat général, dans son réquisitoire, a déclaré : « Aux violences de son mari, elle aurait dû répondre par un acte proportionné, immédiat et nécessaire. Face à un coup de poing qui se solde par trois jours d’ITT, elle tire trois balles. » Peu importe pour ce représentant de la justice qu’il ne s’agisse pas d’un seul coup de poing mais de vies entières, qu’une des filles ait exprimé son « soulagement » après la mort de son père, qu’une autre ait témoigné : « Il était sans pitié, c’était plus fort que lui », et la troisième : « Il m’a détruite intérieurement, je n’arrive pas à tourner la page. »

Les violences faites aux femmes demeurent fréquentes, y compris dans le cadre conjugal où des épouses sous l’emprise de maris violents subissent leur tyrannie. Les statistiques officielles donnent comme estimation minimale 216 000 femmes ­victimes de violences physiques ou sexuelles en 2014, dont seules 16 % ont porté plainte. Presque tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son compagnon.

Alors que le ­combat contre les violences conjugales est toujours à mener, ce jugement dénie aux victimes le droit à la légitime défense, même dans les situations les plus dangereuses.

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